Tunnels

Tout allait bien. Le temps était clair, et les petits problèmes du quotidien semblaient se résoudre d’eux-mêmes. Puis le chaos s’est installé. Les relations humaines sont devenues plus difficiles, la nature s’est déréglée, et l’effondrement général a commencé. Dans un fracas continu, j’ai été projeté entre deux lourdes plaques de béton. Par hasard — ou par miracle —, j’y ai retrouvé ma femme dans la même posture que moi : sur le dos, les genoux repliés, soutenant elle aussi la dalle au-dessus de nous.

L’horreur et l’abattement cèdent peu à peu la place à une conversation intime, presque bergmanienne. En se tenant la main, nous revisitons notre vie commune : les bons moments, les enfants, les épreuves, les fidélités mises en doute, les malentendus et notre difficulté à communiquer. Nous attendons des secours pour nous tirer de cette prison — ou plutôt de ce supplice. Mais le temps passe, et personne ne vient. Nous commençons alors à chercher comment nous libérer par nous-mêmes, jusqu’à comprendre l’ampleur du dilemme : si l’un de nous parvient à sortir, la pression de la dalle risque d’écraser l’autre. Si je suis sauvé, elle meurt; si elle est libérée, c’est moi qui suis broyé.

Un espoir apparaît. De chaque côté, une mince ouverture laisse filtrer un peu de lumière, comme deux tunnels possibles vers l’air libre. Un sourire complice suffit: au signal de l’un de nous, nous quitterons nos positions au même instant et ramperons chacun vers sa brèche. Les dalles s’effondreront alors. Une fois engagés dans ces passages étroits, tout retour sera impossible.


Featured | Image en vedette: André Clouâtre, Tunnels, Acrylique sur toile, 81 x 28,5 po ( 206 x 72 cm ), 2026)


Everything was going well. The weather was clear, and the little problems of daily life seemed to resolve themselves. Then chaos set in. Human relationships became more difficult, nature went haywire, and the general collapse began. Amid a constant clatter, I was hurled between two heavy concrete slabs. By chance—or by a miracle—I found my wife there in the same position as me: on her back, knees bent, also supporting the slab above us.

Horror and despondency gradually give way to an intimate, almost Bergman-esque conversation. Holding hands, we revisit our life together: the good times, the children, the trials, the doubts about our fidelity, the misunderstandings, and our difficulty communicating. We wait for help to rescue us from this prison—or rather, from this torment. But time passes, and no one comes. We then begin to figure out how to free ourselves, until we grasp the full extent of the dilemma: if one of us manages to get out, the pressure from the slab risks crushing the other. If I’m saved, she dies; if she’s freed, I’m the one who’s crushed.

A glimmer of hope appears. On either side, a narrow opening lets in a little light, like two possible tunnels leading to the open air. A knowing smile is enough: at a signal from one of us, we’ll leave our positions at the same moment and each crawl toward our respective opening. The slabs will then collapse. Once we’ve entered these narrow passages, there will be no turning back.

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