Tableaux d’énumération

1- Point de vue du format et du jeu

Mes tableaux d’énumération sont des tableaux abstraits qui abordent  la représentation de l’Univers. L’Univers est infini alors que la surface d’un tableau est finie.  Je porte donc mon attention  sur des parties de l’Univers. Je postule que des  capteurs de réalité servent de constituants  à des phrases (que j’appelle aussi propositions et assertions) qui décrivent des parties de l’Univers. Dans un tableau,  je ne m’intéresse pas à la signification de ces phrases mais plutôt à présenter des  phrases qui participent à une relation formelle, comme par exemple  l’indépendance et l’impossibilité, et dont le groupement peut être formaté de  manière attractive et plaisante.  Jusqu’à maintenant, j’ai  fait des tableaux de trois formats d’énumération différents. Voir ces tableaux : matriciel (2013),  circulaire(2016) et entrelacé(2016).

Je n’explicite pas plus que je viens de le faire les règles de construction d’un tableau d’énumération car ils sont des objets à regarder. Ils semblent constitués de points disposés au hasard dans une structure, alors que leur position est prédéterminée. Je suppose que celui qui regarde est surpris et est  intrigué par ce pseudo-hasard, qu’il cherche à y reconnaître un message ou une idée, comme s’il participait à un jeu. Cette notion de jeu est illustrée dans  Les adresses de l’Univers (2018) .

2- Les contraintes de réalisation, le micro-esthétisme

Je peux condenser ce qui précède en disant que j’utilise une structure formelle d’énumération comme moyen de génération de schémas ou squelettes  de  tableaux abstraits qui peuvent avoir  une valeur d’énigme et de jeu. Mon défi consiste à produire une œuvre attractive et plaisante à partir de ce schéma de base. Pour cela, je favorise  des lignes, des formes, des couleurs et des espaces vides qui évoquent le hasard, la liberté et la légèreté.

Je dessine à main levée les  structures combinatoires, comme les entrelacements , croyant que la nature organique des lignes a une valeur en soi, du moins qu’elles me représentent. Je  transforme les formes et les couleurs dans un va-et-vient d’actions et de pauses où je juge le résultat, un mouvement cyclique qui se poursuit jusqu’à ce que je ressente un apaisement à regarder ce que j’ai fait, jusqu’à ce que je sois convaincu de la raison d’être de l’ensemble.

En réalisant ces tableaux, j’ai développé consciemment des moyens d’expression esthétique particuliers. Dans Mauve (2014), c’est du micro-esthétisme de petites formes organiques, géométriques, linéaires, matricielles, des tons de couleur, des accents. Par exemple, le centre géométrique du tableau est  dans une zone peu développée picturalement. Je me suis donc efforcée d’amplifier son intérêt tout en la laissant vide. J’ai accentué ses contours. Dans une autre partie, des petits rectangles étaient entourés de rouge. J’ai remplacé ce rouge par du fuchsia pour leur donner plus d’impact visuel. En fin de compte, le tableau  est plus esthétique, a plus d’attrait visuel et j’espère arrive à présenter une énigme. Mais a-t-il plus de signification, d’attrait sensuel, d’interrogation existentielle, de connexions universelles?

De 2013 à 2018, j’ai réalisé des dizaines (je ferai éventuellement le décompte) de tableaux d’énumération. Les tableaux d’énumération que je fais encore sont des projets d’expérimentation de technique de peinture.