Une poursuite | A pursuit

J’étouffe dans des vapeurs d’insecticide. Je tourne la tête, je me débats, il n’y a rien à y faire, je ne peux m’échapper, je suis pris, attaché à mon lit, les pieds et les poings liés. Une femme entre alors dans la chambre, s’approche silencieusement et ouvre la fenêtre. Une bouffée d’air frais me revigore. Elle me détache d’un geste mécanique, sans un mot . Je la fixe, le cœur battant, cherchant un signe de compassion dans son regard. « Qui êtes-vous ? » balbutié-je, la voix tremblante. « Pas de tes affaires, je suis tannée de t’entendre te plaindre », réplique-t-elle sèchement, détournant déjà les yeux. Pendant un court temps, je reste immobile, envahi par la peur et l’incertitude. Lorsque je retrouve mes moyens je quitte cette maudite maison et je m’élance à pied sur la route.
Cette mésaventure de la chambre d’hôte m’a secoué et retardé dans la poursuite de mon fils qui a pris de l’avance. Mais je garde espoir de le retrouver. Le soleil printanier m’énergise. À la campagne, la terre se ramollit. C’est mou sous mes pieds. Le chemin de terre dégèle, une petite eau ruisselle. Les jeunes pousses vertes envahissent les champs, recouvrant peu à peu les plantes mortes. Des fermes ponctuent le paysage. Des draps flottent suspendus aux cordes à linge.
Je frappe à une porte pour demander si mon fils a été aperçu sur cette route. On m’ouvre et j’entre dans une maison composée de pièces en enfilade. L’intérieur est plongé dans l’obscurité. Des pèlerins sont agenouillés, alors je les imite. Très vite, le célébrant remarque que je simule, que mes gestes ne traduisent pas la foi. Je quitte la salle de prières et traverse la pièce suivante, effrayé, car d’imposants serpents, des boas, glissent sous les tapis et relèvent la tête. J’atteins enfin une troisième salle, qui s’avère être une salle de bains. Une femme se prélasse dans le bain. Elle me regarde avec ce mélange d’assurance tranquille et de curiosité douce qui m’a toujours fasciné. « Mon cher André, pourriez-vous me donner la grande serviette orange. » Elle se lève gracieusement, je l’entoure de la serviette et je l’essuie délicatement. Par après, elle me chuchote tendrement à l’oreille : « Habillez-moi. »
Je marche vite. À un détour de la route, mon attention est attirée par des chiens endormis sur un saule qui a poussé à l’horizontale près d’un lac artificiel. Près de la petite maison blanchie à la chaux, j’aperçois un jeune homme bêcher dans un jardin.


Featured | Image en vedette: André Clouâtre, Une poursuite, Acrylique et huile sur toile, 44 x 44 po ( 112 x 112 cm), 2026


I am suffocating in insecticide fumes. I turn my head, I struggle, but there is nothing I can do. I cannot escape. I am trapped, tied to my bed, my feet and hands bound. A woman enters the room, approaches silently, and opens the window. A breath of fresh air revives me. She unties me with a mechanical gesture, without a word. I stare at her, my heart pounding, looking for a sign of compassion in her eyes. “Who are you?” I stammer, my voice trembling. “None of your business, I’m tired of hearing you complain,” she replies curtly, already looking away. For a short time, I remain motionless, overcome by fear and uncertainty. When I regain my composure, I leave this cursed house and set off on foot along the road.

This misadventure at the bed and breakfast has shaken me and delayed me in my pursuit of my son, who has gotten ahead of me. But I remain hopeful that I will find him. The spring sun energizes me. In the countryside, the earth is softening. It is soft under my feet. The dirt road is thawing, and a small stream is flowing. Young green shoots are invading the fields, gradually covering the dead plants. Farms dot the landscape. Sheets flutter on clotheslines.

I knock on a door to ask if my son has been seen on this road. The door opens and I enter a house with a series of adjoining rooms. The interior is plunged into darkness. Pilgrims are kneeling, so I imitate them. Very quickly, the celebrant notices that I am pretending, that my gestures do not reflect faith. I leave the prayer room and cross the next room, frightened, because huge snakes, boas, are slithering under the rugs and raising their heads. I finally reach a third room, which turns out to be a bathroom. A woman is lounging in the bath. She looks at me with that mixture of quiet confidence and gentle curiosity that has always fascinated me. “My dear André, could you give me the large orange towel?” She rises gracefully, I wrap the towel around her and dry her gently. Afterwards, she whispers tenderly in my ear: “Dress me.” « 

I walk quickly. At a bend in the road, my attention is drawn to dogs sleeping on a willow tree that has grown horizontally near an artificial pond. Near the small whitewashed house, I see a young man digging in a garden.

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