Cet article présente un tableau et une courte histoire. Les personnages du tableau, animés de bons sentiments, entreprennent une quête spirituelle alors que l’histoire qui suit raconte un pèlerinage de nuit qui se déroule sous le signe de l’angoisse.
Un pèlerinage de nuit
Il était presque minuit. Il avait plu mais la brume persistait. Je marchais seul sur le bord d’une route de campagne. Je ne pouvais me rappeler pourquoi j’étais là. Je ne sentais pas mes pieds comme s’ils étaient détachés de mon corps. L’angoisse me tenaillait et ma phobie sociale était exacerbée. Je me précipitais dans le fossé pour ne pas être vu dès que je percevais venir vers moi la lumière des phares d’une voiture.
Trempé, trébuchant, j’avançais péniblement jusqu’à ce que j’aperçoive, au loin, la maison de mon enfance. Je compris alors que je me dirigeais vers elle. Combien de fois , en allant au Vermont, l’ai-je aperçue du coin de l’œil, avec toujours le même pincement au cœur, le même détachement que je m’imposais pour garder intacte la version heureuse de mon passé.
La maison à pignons de style loyaliste se détachait majestueusement dans la pénombre. Je m’en suis approché en me dissimulant dans les foins. Il me semblait que le grillons chantaient plus fort et plus aigu qu’à l’ordinaire. On aurait pu me prendre pour un voleur, de manière bien paradoxale puisque ce lieu m’appartient en pensée. Des images désordonnées défilaient dans ma tête, se chevauchant et m’étourdissant jusqu’à en craindre l’hallucination. Je me suis revu à la fenêtre de ma chambre, comptant les voitures qui passaient pour tromper l’attente inquiète de mon père qui s’était attardé au bar du village.
Les madriers de la barrière gisaient en éclats sur le sol, témoignant d’un passage forcé. Une longue DeSoto noire était stationnée dans la cour, ses phares allumés. J’observais la scène en retenant mon souffle. Quatre inconnus qui se ressemblaient étrangement sortirent de la maison. Le visage livide et émacié, vêtus chacun d’un manteau noir, ils s’apprêtaient à remonter dans le véhicule lorsque j’entendis l’un d’eux déclarer d’une voix dédaigneuse: « Puff ! C’est de la marde, ça fait pas l’affaire. »
Jamais je n’aurais imaginé que des gens détestables puissent occuper cet endroit. Ébranlé par cette scène de grossièreté, je n’arrivais plus à malléer candidement mes souvenirs d’enfance. Ils s’entrechoquaient à présent dans un mélange d’amertume et de terreur. C’était à ce point insupportable que, n’en pouvant plus, je repris ma marche pour disparaître dans la nuit.
Featured | Image en vedette: André Clouâtre, Un pèlerinage (vue partielle), Huile sur toile, 35,5 x 32,5 po. (85 x 82, 5 cm), 2026
This article presents a painting and a short story. The characters in the painting, animated by good feelings, undertake a spiritual quest, while the story that follows tells of a night-time pilgrimage that takes place under the sign of anguish.
A nighttime pilgrimage
It was almost midnight. It had rained, but the fog lingered. I was walking alone along the side of a country road. I couldn’t remember why I was there. My feet felt detached from my body. I was gripped by anxiety, and my social phobia was exacerbated. I would rush into the ditch so as not to be seen as soon as I saw the headlights of a car coming toward me.
Soaked, stumbling, I trudged along until I saw my childhood home in the distance. I realized then that I was heading towards it. How many times, on my way to Vermont, had I seen it out of the corner of my eye, always with the same twinge of sadness, the same detachment I imposed on myself to keep the happy version of my past intact.
The Loyalist-style gabled house stood out majestically in the twilight. I approached it, hiding in the hay. It seemed to me that the crickets were singing louder and higher than usual. I could have been mistaken for a thief, which was quite paradoxical since this place belongs to me in my mind. Chaotic images flashed through my head, overlapping and dizzying me to the point of fearing hallucination. I saw myself again at my bedroom window, counting the cars that passed by to distract myself from the anxious wait for my father, who had lingered at the village bar.
The fence boards lay shattered on the ground, evidence of a forced entry. A long black DeSoto was parked in the yard, its headlights on. I watched the scene, holding my breath. Four strangers who looked strangely alike came out of the house. Their faces pale and emaciated, each dressed in a black coat, they were about to get back into the vehicle when I heard one of them declare in a disdainful voice: “Puff! This is crap, it’s no good.”
I never imagined that such detestable people could occupy this place. Shaken by this scene of rudeness, I could no longer candidly mold my childhood memories. They now collided in a mixture of bitterness and terror. It was so unbearable that, unable to take it anymore, I resumed my walk and disappeared into the night.
Translated with DeepL.com (free version)

